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Revêtements de voies vertes :

pourquoi il faut proscrire les sables stabilisés renforcés

Février 2022  - Benoit Carrouée, Fédération pour les Circulations Douces en Essonne

 

Les revêtements en sable stabilisé renforcé avec un liant ciment ont été largement utilisés en France et plus particulièrement en Ile-de-France pour aménager des voies vertes. Avec le recul de l’expérience et les connaissances acquises en matière de préservation de l’environnement, il est possible d’affirmer que ce type de revêtement devrait être proscrit pour l’aménagement de voies vertes ou de pistes cyclables.

Les performances économiques et environnementales d’un « stabilisé renforcé » sont beaucoup moins bonnes que celles d’un enrobé classique : la fabrication de liant hydraulique (ciment) nécessite une grande quantité d’énergie et ce type de revêtement est sensible à l’érosion, au gel et se colmate rapidement.

 

Pour une couche de roulement de même épaisseur, sur une assise identique et avec une proportion de liant identique, comparé à un enrobé bitumineux classique, un sable stabilisé renforcé a un aspect visuel séduisant au début, lié à sa couleur claire, mais décroche sur tous les autres critères :

  • une durabilité 2 à 3 fois plus courte, surtout dans les pentes et les zones humides

  • un investissement initial identique, donc un coût 2 à 3 fois plus élevé dans la durée

  • une dégradation rapide de la surface, avec des zones érodées irrégulières et des accumulations de sable meuble par endroits, rendant la voie inconfortable, salissante, usante pour le matériel et entraînant des risques de chute pour les cyclistes dans les pentes.

  • des émissions de gaz à effet de serre et des autres polluants liées à la consommation d’énergie 2 à 4 fois plus élevées au moment de l’investissement, et 5 à 10 fois plus rapportées à la durée de vie

  • un colmatage et la formation de cuvettes par érosion où l’eau stagne : cela incite les piétons et cyclistes à passer sur l’accotement herbeux par temps pluvieux, ce qui pénalise l’infiltration de l’eau et la biodiversité.

Dans le cas où il serait indispensable de faire un revêtement poreux en plus de l’écoulement naturel de l’eau par infiltration dans les accotements, un enrobé drainant présente une porosité et une durabilité beaucoup plus forte que celles d’un sable stabilisé renforcé.

Le principal inconvénient d’un enrobé classique ou d’un enrobé drainant avec un liant bitumineux est la couleur noire : l’aspect visuel est moins apprécié et la surface chaude peut pénaliser la microfaune en été. Il existe toutefois de nombreux autres liants de qualité comparable et de couleur claire, utilisables dans des espaces à enjeu environnemental.

 

Sélection de documents pour en savoir plus :

> sur la qualité et la durabilité de différents revêtements et leurs impacts environnementaux

1) Fiche synthétique FCDE-PTR94, 2017 (2 pages)

2) Fiche revêtements Vélo & Territoire, 2019 (12 pages)

3) Webinaire France Nature Environnement, févier 2021 (46 diapos)

4) Impacts environnementaux des revêtements, BL évolution 2021 (34 pages)

5) Voie verte de l’aqueduc de la Vanne : comparaison stabilisé / Urbalith, FCDE, 2021 (1 page)

> sur les coûts et les caractéristiques techniques de quelques revêtements

6) Caractéristiques techniques générale de revêtements liés (d’après Wikipédia), 2020 (3 pages)

7) Synthèse sur les coûts des principaux types de revêtements, 2017 (1 page)

8) Fiche technique sur la grave émulsion en voirie forestière, RFF 1969 (6 pages)

9) Fiche technique sur le revêtement drainant Urbalith ®,, Colas, 2021 (22 pages)

Illustrations, du meilleur au pire, sur 3 exemples proches, en février-mars 2022 sur le tracé de la Scandibérique (EV3)

 

 

1) Chemin du bac de Ris, à Draveil : enrobé classique, réalisé il y a plus de 30 ans : aucune érosion, reste confortable pour tous les usagers ; l’eau s’infiltre facilement dans le sol par les accotements herbeux. Ceux-ci ne sont pas piétinés : la biodiversité le long de la voie verte est préservée.

 

 

 

2) Chemin de Halage près de l’écluse d’Evry : revêtement en sable calcaire stabilisé avec un liant ciment réalisé il y a 15 ans. Le revêtement s’est colmaté et érodé au fil des ans. En période pluvieuse, l’eau stagne et il devient très salissant. Les piétons et vélos contournent les flaques en passant dans l’herbe sur l’accotement. Celui se tasse et perd sa perméabilité et sa biodiversité.

 

 

 

 

3) chemin du Bois Chardon, en grave sans liant, rechargé régulièrement : les graviers s’enfoncent dans le sol qui se tasse et devient imperméable. L’eau stagne une bonne partie de l’hiver ; les piétons et cyclistes passent sur les côtés ; le sol est tassé et la biodiversité détruite sur 2 fois plus large que le chemin par endroits. Le reste de l’année, par temps sec, le chemin est inconfortable pour les vélos, les poussettes, les fauteuils roulants… et impraticable pour les rollers et trottinettes.

Photos : Benoit Carrouée, FCDE

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